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Le gaslighting, une dangereuse forme de manipulation mentale...

Le terme clinique gaslighting provient d’une pièce de théâtre jouée à Broadway en 1941, qui a donné lieu à deux adaptations cinématographiques, une version anglaise en 1940 et la version américaine de George Cukor en 1944, Gaslight, connue en France sous le titre de Hantise (présenté à la Cinémathèque le 24 février dernier). C’est dans les années 60 qu’il a été utilisé de manière courante pour désigner une forme de manipulation mentale.

 Le titre du film de George Cukor, Gaslight, a de quoi surprendre, littéralement ″lumière du gaz″… En fait les baisses d’intensité de l’éclairage au gaz sont un des ressorts dramatiques de l’action de ce thriller psychologique, d’où le titre du film. Paula (Ingrid Bergman) a épousé Gregory (Charles Boyer), un pianiste qu’elle a rencontré en Italie. Ce dernier, qui est en fait l’assassin de la tante de Paula, la convainc de retourner vivre dans la maison de sa tante, ce qui devrait lui permettre de mettre la main sur les bijoux qu’il n’avait pas réussi à trouver au moment du crime. Á peine arrivé à Londres, il se montre de plus en plus distant avec sa femme et par divers stratagèmes, il amène la jeune femme à craindre pour sa raison. Celle-ci observe des phénomènes étranges : elle entend des bruits inquiétants dans le grenier et elle voit à ce moment-là les lumières vaciller brusquement, des objets disparaissent et réapparaissent... Quand elle fait part de ses observations à son mari, celui-ci refuse de la croire, prétend qu’elle est victime d’hallucinations et l’amène à douter d’elle-même et à sombrer dans la dépression.

Le titre du film a donné naissance à une expression anglaise, ″to gaslight″ qui signifie ″manipuler mentalement″ car c’est bien d’une manipulation mentale perverse qu’est victime Paula. Pour jouer ce rôle, d’ailleurs, Ingrid Bergman a passé des jours entiers auprès de malades mentaux dans une institution pour connaître leur manière d’être et de réagir face à la dépression.

Le gaslighiting, en tant que terme purement clinique, apparaît dans les années 60. Au Québec, le gaslighting est connu sous le nom de détournement cognitif. En effet, l’abuseur pervers s’emploie, pendant une période prolongée, à manipuler la perception que sa victime peut avoir de la réalité, exactement comme le fait le mari de Paula dans le film de George Cukor.

L’abuseur sape progressivement la confiance de sa victime dans sa propre capacité à distinguer la vérité du mensonge, le bien du mal, la réalité de l’apparence, la rendant ainsi psychologiquement dépendante de lui. Incapable de se faire confiance, elle perd l’estime d’elle-même et sa perception du monde est altérée.

Le gaslighting peut exister au sein d’un couple, dans les relations parents-enfants ou frère- sœur, dans l’entreprise, entre un psychiatre et son patient… Et selon Sarah Chiche, écrivain, psychologue clinicienne et psychanalyste, cette forme de manipulation perverse ne concerne pas que les hommes envers les femmes.

Qui sont les victimes ? Des personnes seules qui n’ont que peu de famille, peu d’amis, des personnes qui éprouvent le besoin pathologique d’être aimées, des personnes qui viennent de vivre une situation personnelle difficile, deuil, rupture, licenciement…

Qui sont les gaslighters ? Derrière une apparente séduction, ils sont menteurs, de mauvaise foi, toxiques, dominateurs, pervers narcissiques, sociopathes…

Pour la psychologue américaine, Robin Stern, le ″gaslight tango″ se joue toujours à deux, entre une personne qui veut dominer et une autre qui se laisse faire parce qu’elle idéalise son bourreau et cherche sa reconnaissance.

Comment savoir si on est victime d’un gaslighter ? Donnons la parole une nouvelle fois à Sarah Chiche : «  Si, plus vous côtoyez une personne, plus vous vous sentez vide et en proie à une angoisse extrême, plus vous déprimez, plus vous vous étiolez, plus vous n’êtes que l’ombre de vous-même alors même que cette personne prétend vous aider, vous aimer, qu’elle vous dit "ma pauvre chérie, tu ne vas pas bien du tout", il faut absolument tirer la sonnette d’alarme, vous êtes sous la coupe d'un gaslighter».

Fuyez donc à tout prix ce gaslighter ou alors, comme la Paula du film de George Cukor, trouvez-vous un inspecteur de Scotland Yard pour vous sortir des griffes de ce manipulateur dangereux !

Catherine Félix

Cinéfil n°61 – Mars 2020

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