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Je me souviens : La Nuit du chasseur de Charles Laughton

J’ai découvert La Nuit du chasseur il y a deux ou trois ans, sur Arte, un dimanche soir, alors que j‘étais encore au lycée. Je ne savais pas à quoi m’attendre de la part de ce classique, classé très haut au Panthéon des films cultes, dont j’avais pourtant tellement entendu parler.

Film noir, thriller, avec beaucoup d’éléments horrifiques… Tout y est parfait : la musique originale composée par Walter Schuman, essentielle au récit ; le noir et blanc, rarement aussi bien manié ; la photographie et les jeux de lumière, sublimés par Stanley Cortez. Et, évidemment, la prestation de Robert Mitchum qui est juste incroyable dans le rôle d’Harry Powell, prêtre corrompu, figure menaçante, inquiétante et manipulatrice. Lorsque, grand méchant loup, il cherche à pénétrer dans la maison tenue par Lillian Gish en chantant la chanson, Leaning on the everlasting arms, c’est à vous glacer le sang. Harry Powell est capable de se sortir de n’importe quelle situation. En déversant sa parole à tout va, il manipule les gens autour de lui, séduit les habitants de la ville, ensorcèle Willa Harper, la mère faible et naïve incarnée par Shelley Winters, tout autant que sa fille, Pearl, en manque de figure paternelle. Seul Ben, son frère ainé, semble voir à travers le masque du faux prêcheur dont le discours, fameux, sur le bien et le mal, illustré par l’entremêlement inquiétant de ses mains aux phalanges tatouées des mots amour et haine, est en contradiction totale avec ses agissements. Avec sa mise en scène tranchée et son esthétique inspirée de l’expressionnisme allemand, La Nuit du chasseur est un film qui va puiser dans vos névroses et vous hante longtemps. Il m’arrive très souvent de repenser à la scène de la pêche, sur le lac, et au corps de Shelley Winters, paisible, flottant au milieu des algues… Mélange de poésie sombre et d’épouvante onirique qui traverse tout le film. Mais ce qui m’a marqué à jamais, c’est le personnage si terriblement ambigu de Robert Mitchum, sophiste pathétique et grandiose. Et cette chanson qu’il entonne dans la nuit pour attirer les enfants : Leaning, leaning, safe and secure from all alarms, Leaning, leaning, leaning on the everlasting arms.

Ilona Goudou

Cinéfil n°62 - Octobre 2020

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