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Ça s’est passé à la Cinémathèque :The Wicker Man

Présenté le 15 novembre dernier par nos amies de la Cinémathèque, The Wicker Man (Robin Hardy – 1973) a entraîné des réactions contrastées au sein de la rédaction du Cinéfil.

The Wicker Man, comme The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharma (1975), appartient à une certaine catégorie de films cultes.
Ces films ont leurs défenseurs passionnés qui s’en délectent goulûment, en connaissent tous les personnages, toutes les répliques, toutes les scènes. Ce sont les fans qui les élèvent au rang de films cultes car ils ne peuvent exister sans ces initiés qui les vénèrent aveuglément, sans jamais les remettre en question, sans jamais pouvoir émettre la moindre réserve, la moindre critique.
Ces films cultes viennent rejoindre le panthéon des œuvres maudites, ils ne sont pas forcément distribués, ils ne connaissent pas le succès, ils ne gagnent jamais de prix, ils ne fracassent pas les records d’entrées. Mais ils vivent, éternels et immuables, dans l’âme passionnée de leurs adorateurs.
Ils répondent à une esthétique particulière qui va à l’encontre de ce que l’on pourrait appeler le bon goût, voire le goût tout court et c’est même le mauvais goût qu’ils revendiquent ostensiblement, le vulgaire poussé jusqu’à l’outrance.
Plût au Ciel que les Initiés et grands adorateurs du film ne me condamnent pas au bûcher comme le policier du film ! Mais The Wicker Man aura été pour moi un OVNI ringard, britishement drôle au début mais glauque et malsain à la fin.
À côté des monstres de Goya* qui, à la fois réels et fantastiques, s’enracinent dans notre imaginaire et y prennent sens, les monstres de la secte déglinguée du film de Robin Hardy ne sont pas autre chose que des fantoches de pacotille qui sentent l’artifice de mauvais aloi et sonnent creux.

* voir « Le sommeil de la raison engendre des monstres », gravure n°43 de la série Los Caprichos de GOYA (1799).

Catherine Félix

À quoi se mesure la valeur d’un film ?
À la virtuosité de la mise en scène, à l’excellence de l’interprétation, à la beauté des images, à l’ingéniosité du scénario, à la pertinence du sujet abordé… Qu’elles tiennent à son apparence ou à son contenu, nombreuses sont les raisons qui peuvent faire d’un film un chef-d’œuvre ou un navet, la frontière entre les deux étant aussi fluctuante que poreuse.
Si l’épreuve du temps permet souvent de faire le tri entre les uns et les autres, certains films, objectivement mal fichus, ou développant des idées fantaisistes voire aberrantes, lui échappent et c’est parfois leur imperfection qui semble en assurer la postérité auprès de spectateurs férus de bizarreries (ou peut-être simplement moins sensibles aux diktats de l’orthodoxie cinéphilique).
The Wicker Man fait indubitablement partie de cette catégorie.
Bancale, sa mise en scène l’est sans aucun doute. Incertaine, la prestation de ses interprètes ne l’est pas moins. Il se dégage pourtant de l’ensemble, non pas en dépit des maladresses de son bricolage formel mais au contraire grâce à elles, une sorte d’élan que l’enthousiasme manifeste du réalisateur rend touchant. Pour peu, bien sûr, que l’on soit disposé à être touché par son propos. En renvoyant dos à dos les illuminés de toutes chapelles, la critique assez frontale et virulente de la religion, développée dans The Wicker Man, peut être perçue comme une invitation à s’interroger sur les limites, et pourquoi pas la nécessité, des croyances de toutes sortes. Si on ne croit que ce qu’on veut bien croire, on ne voit, de la même manière, que ce qu’on veut bien voir. Et la valeur d’un film, finalement, ne se trouve jamais que dans l’œil du spectateur.

Olivier Pion

Cinéfil n°65 - janvier 2022

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