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Retour sur les « Journées du cinéma italien à Tours » de février 2014

Conférence de Paolo Modugno (1) : Où en est le cinéma italien aujourd'hui ?

(jeudi 6 février 2014)

Questions - Réponses après son intervention

1. Comment se fait le financement des films en Italie ?

Il n'y a pas les mêmes politiques de financement en Italie et en France.

Italie : 100 films par an environ

France : 300 films par an.

Le financement est problématique. Il faut passer par des commissions pas toujours réglos. Il n'y a pas beaucoup d'acteurs possibles : le pouvoir est établi par la RAI et par le groupe Mediaset qui appartient à Berlusconi et sa famille. De plus, il y a un énorme problème en Italie : il n'y a plus de salles dans les centres-villes. Elles ont été transformées en salles de Bingo. Elles ont été remplacées par des Multiplex implantées en banlieue avec pop corn et films très commerciaux.

A noter pourtant quelques tentatives pour proposer un cinéma différent :

- Nanni Moretti a créé, en 1991, au Trastevere à Rome, sa propre salle de cinéma, le Nuovo Sacher. Il y programme des films de jeunes réalisateurs et organise depuis 1996 un festival du jeune cinéma italien, le Sacher festival.

- Cinéma associatif d'art et d'essai : le Kino, au cœur du Pigneto, à Rome. Une idée sous-tend l'économie d'un film : un film doit se voir dans une salle de cinéma, avec d'autres personnes. Importance du débat autour d'un film.

2. Y a-t-il des films historiques ?

Oui les films de Mario Martone, par exemple :

- Noi credavamo – Frères d'Italie (2010),

- Il Giovane favoloso (2013), film sur Giacomo Leopardi (pas encore sorti)

Il faut avouer que quelquefois les films historiques sont un peu longs et ennuyeux.

3. La comédie à l'italienne existe-t-elle encore ?

Oui. Elle existe avec Paolo Virzi par exemple , avec des comédies de Carlo Verdone comme Io, Loro e Lara (2010), comme Basilicate coast to coast (2010) de Rocco Papaleo...

Il y aussi les films « di Natale » (de Noël) : « i film-panettoni » dans lesquels on fait tourner des acteurs très célèbres et qui sortent au moment de Noël !

4. Y a-t-il un public ?

Il y a un public même si les Italiens s'étonnent et sourient en voyant les queues devant les cinémas à Paris. Les films qui marchent le plus sont des films américains. Mais les jeunes vont de moins en moins au cinéma. Cependant quelques tentatives sont faites dans les écoles pour les y amener. Le cinéma en plein air connaît un grand succès.

5. Qu'en est-il de la distribution des films ?

C'est un gros problème. Pas de promotion du film italien à l'étranger.

2009 : 5 films italiens en France.

2010 : grand changement grâce à la création de Bellissima Films par Fabio Conversi.

2012 : 24 films italiens en France, dont L'Uomo che verrà.

Le financement d'un film et donc sa distribution est un gros problème. De nombreuses maisons de production et donc de distribution ont fermé. Celles qui restent cherchent des partenaires auprès de sociétés françaises comme Le Pacte.

6. Y a-t-il une liberté du cinéaste ?

Il y a une liberté, la difficulté étant de trouver le financement. S'il y a l'argent, il y a liberté ! On a tourné des films anti- berlusconiens. Si le film est présenté comme devant « marcher », liberté (Il divo, par exemple).

7. Pourquoi les films étrangers sont le plus souvent doublés et non sous-titrés ?

Il y a à Rome une très bonne école de doublage...

Conférence enregistrée par Mme Claude Davi

Notes :

(1) Paolo Modugno est chargé de mission Europe Sud à Sciences Po-Paris et y enseigne la civilisation italienne. Il est le président d'une association « Anteprima » qu'il a fondée en 2001 avec un groupe d'étudiants pour assurer la promotion du cinéma italien en France. Il a publié dans la Revue des deux mondes (juillet-août 2011) un article « Le cinéma italien aujourd'hui ». La conférence en est une actualisation.

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