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Sur le cinéma de Manoel de Oliveira

Douro, faina fluvial, tourné à l’âge de 19 ans en 1931 inaugure brillamment l'oeuvre de Manoel de Oliveira, qui se déploie, avec de longues interruptions forcées pendant l'époque salazariste, sur plus d'un demi siècle. Fasciné par la littérature romantique portugaise du 19e siècle, en particulier les romans de Camilo Castelo Branco, Oliveira est l'auteur de nombreuses adaptations cinématographiques, originales et inspirées, parmi lesquelles des chefs-d'oeuvre : Amour de Perdition, Le Soulier de satin et Val Abraam.

Les lieux de son enfance, Porto et ceux de sa maturité, la région du Douro, constituent pour lui une source inépuisable d'inspiration : Porto de mon enfance est un roman filmique des origines, tandis que L'Etrange affaire Angélica, véritable somme oliveirienne, s'interroge, à partir de l'acte photographique, sur la notion de transmission. Profondément cohérente, l'oeuvre d'Oliveira pratique un art de la délicatesse poétique et musical. Ses thèmes de prédilection : les amours impossibles, l'agonie romantique, la folie et la mort s'accompagnent chez lui d'un sourire indéfectible, d'un humour très fin, qui constituent, selon moi, sa signature.

Avec L’Etrange affaire d’Angélica, et plus récemment Gébo et l’ombre, film présenté lors de la dernière Mostra de Venise, et Le Vieillard du Restelo, Manoel de Oliveira, d’une longévité créatrice exceptionnelle, disparu en 2015, n'en finira jamais de nous étonner.

Jean Pierre Touati

Cinefil N° 48 - Mai / Juin 2016

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