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Les Interviews de Cinéfil : Louis d'Orazio, éclaireur du cinéma italien

        Louis d'Orazio promène sous son chapeau distingué son sourire poli et sa générosité chaleureuse. Disponible alors que dans quelques minutes il va présenter pour la Cinémathèque ''Nous nous sommes tant aimés'' d'Ettore Scola. Devenu un peu par hasard, dit-il, le spécialiste du cinéma italien à Tours, ce professeur de cinéma au lycée Balzac pendant 8 ans s'est coulé dans ce rôle avec modestie mais avec passion et sait savourer chaque instant de cinéma.

Aurélie Dunouau : Quels sont vos premiers souvenirs de cinéma ?

Louis d'Orazio : Les premières images qui me reviennent ... Mes parents qui m'ont amené voir '' Le voleur de bicyclette'' et ''La strada''. Je me souviens aussi de westerns qui m'ont enflammé. Et puis peut-être est-ce la toute première image qui a déclanché mon envie de cinéma , je vois une rue, des flammes sur les pavés, et la peur que j'ai ressentie, fondatrice. Cette image projetée m'a immédiatement renvoyé à la réalité, et plus tard je me suis dit que cette impression n'était pas si fausse et que cette peur capitale a signifié ma première impression de spectateur. 

A.D. : Qu'est-ce que vous recherchez dans le cinéma? Ressentir des émotions ?

 L. d'O : Oui, ressentir une émotion, un plaisir d'image, apprendre à me connaître, ainsi qu'autour de moi. Le cinéma invite à une réflexion sur soi et le monde. Je me découvre à chaque film. J'ai ainsi été surpris par Des Hommes et des Dieux (Xavier Beauvois), je me sentais à l'origine éloigné du sujet et puis le climat instauré par le film m'a fortement interrogé.

A.D. : Comment en êtes-vous venu à enseigner le cinéma ?

L. d'O : Je suis arrivé à Tours en 2002 pour enseigner au lycée Balzac. Auparavant, j'ai été enseignant de français, à Vierzon et à Bourges, où j'ai ouvert deux options cinémas. J'ai été amené à m'intéresser à l'image progressivement jusqu'à en faire mon métier. 20 ans de ma vie. J'ai été nommé formateur académique pour former des enseignants à l'image, et j'ai exercé cette fonction, comme l'enseignement à Balzac, jusqu'en septembre 2010. Désormais, je suis à la retraite.

A.D. : Mais pas du tout en retraite de cinéma ! Vous avez joué et vous continuerez de jouer un rôle grandissant à la cinémathèque de Tours ?

L. d'O : Je dois beaucoup à la cinémathèque. Dès que je suis arrivé à Balzac, les contacts ont débuté et ça a été pour moi un moyen d'intégration sur Tours. Le lien est d'autant plus fort qu'il s'est noué sur un plan humain où j'ai connu un accueil chaleureux et que ça a été un formidable outil de culture pour les élèves. La cinémathèque permet aux élèves de s'ouvrir aux films du patrimoine quasi gratuitement ! Ici, les lycéens sont chez eux et ils ont même carte pour une soirée.
Alors dans ces conditions j'ai évidemment eu envie de m'investir de plus en plus. Je présente les soirées de films italiens (cette année : Une vie difficile , Nous nous sommes tant aimés, Les camarades et enfin La stratégie de l'araignée le 7 mars).
Des films que je vais reprendre une seconde fois avec la Dante de Tours, où je donne des cours. Voilà comment on a fait de moi un spécialiste du cinéma italien, même s'il est vrai que j'ai des facilités avec cette langue et cette culture !

A.D. : Justement un mot sur le cinéma italien. Qu'est-ce qui fait sa richesse ? Et pourquoi le cinéma d'aujourd'hui semble-t-il en dessous de celui de l'âge d'or des Rossellini, Visconti , Fellini ... ?

L. d'O : La spécificité du cinéma italien est qu'il évolue en même temps que la société italienne. Le film de Scola Nous nous sommes tant aimés en est un bon exemple. Plus que partout ailleurs, il rend compte de l'évolution ou de l'involution de la société italienne. Il a un discours permanent sur la société et ses désillusions par rapport aux espoirs nés de la résistance et du renouveau de l'Italie. C'est un formidable outil de radioscopie du pays et dans le film de Scola qui date de 1974 on sent déjà naître le berlusconisme. En France, la littérature tient plutôt ce rôle; en Italie, la littérature du 20ème siècle n'est pas si complète. Quant aux cinéastes d'aujourd'hui, ils connaissent des difficultés car le présent leur échappe. Ils ont un regard rétrospectif. Ajoutez des conditions économiques difficiles pour le cinéma italien, les troubles de l'idéal, les dysfonctionnements politiques, et on ne sait plus très bien où va la société italienne...

Propos recueillis par Aurélie Dunouau