Rechercher un texte sur le site

Hommage de Cinéfil : Henri Decae

      Chef Opérateur de 81 films dont Les Amants (programmé à la Cinémathèque le 09 mai 2011)

      Très tôt, la photographie, qui avait pris avec les nouvelles techniques de diffusion une importance considérable, attira le fils de l'ouvrier ébéniste de Saint-Denis près de Paris, et il devint reporter-photographe à l'époque ou d'autres jeunes qui avaient nom Doisneau, Jahan, Sougez, Cartier-Bresson, fixaient le monde dans ses mutations, ses convulsions, ses joies et ses peines.

      Oublier ces débuts d'Henri Decae serait rendre difficilement compréhensible la qualité de son regard. Il a conservé jusqu'au bout, jusqu'à ce jour de 1987 où les Césars du cinéma allaient être proclamés, la même curiosité pour le spectacle du monde – le vrai et le recomposé – la même acuité de l'œil sous les sourcils broussailleux. Et les verres ronds des lunettes n'y changeaient rien du tout !

      Il y avait aussi, à cette même époque de ses vingt ans, un art qui prenait une importance considérable : le cinéma que des écrivains - Jean Cocteau en particulier – ultra sensibles autant au mouvement (grec : Kinêma) qu'à l'écriture (grec :Graphein) ennoblissaient en ne le nommant que ''cinématographe''. Un art qui commençait à s'imposer doublement, comme phénomène de culture (populaire avant tout) et comme mode d'expression. Il n'était pas possible qu'un garçon passionné par l'image (c'est vers ses douze ans qu'un parent lui offrit son premier Pathé-Baby) ne se passionnât pas pour ce nouveau mode d'expression. Il commença, dit-on, par s'occuper du son (''dit-on'' car il n'en parlait pas – ou plus). Et très vite, ce fut l'école Louis Lumière, le service cinématographique de l'armée de l'air... et le cinéma tout court.

      Soudain, dans le monde de cette création, apparut un groupe de jeunes critiques passionnés, fils spirituels d'une lignée de théoriciens commencée avec Louis Delluc et arrivant à André Bazin. Ces jeunes Turcs, comme on nommait jadis ce genre de créateurs, firent appel à lui, et à Raoul Coutard, pour débuter dans la carrière avec le succès que l'on connaît.

      Ajouter de la louange à ce rappel est inutile : il suffit de regarder la liste de ses films... Henri Decae a été, est, et sera étudié pour sa science de l'image. Il appartiendra aux historiens du 7ème Art de mettre en relief - donc en valeur – son rôle, son importance de collaborateur de création, de gloser sur ses qualités, de disséquer la prodigieuse richesse de ses mouvements de caméra. Pour moi, je ne veux me souvenir que de l'ami Decae, qui me fit l'honneur et l'amitié de toujours me soutenir dans mes différentes activités.

 

Claude Lafaye

(Si vous êtes adhérent, identifiez-vous pour pouvoir commenter l'article)